EUROCANCER 2008
John Libbey Eurotext, Paris © 2008, pp. 429-430
Le travail psychothérapeutique en cancérologie : quelles spécificités ?

Le travail psychothérapique du psychologue dans un service de cancérologie : quel est-il ?
  
H. DE LA MENARDIÈRE
Unité de Cancérologie, Groupe Hospitalier Cochin, Cancer Ouest, Paris, France.

ARTICLE
   Haut de page

Laplanche et Pontalis définissent la psychothérapie comme « toute méthode de traitement des désordres psychiques ou corporels utilisant des moyens psychologiques et, d’une manière plus précise, la relation du thérapeute et du malade » [1].

Le psychologue qui exerce en cancérologie est intégré à un service dont le cadre se définit par le référentiel médical. Il est au service du patient, des familles, de l’équipe soignante, dans ce contexte où « l’arrivée de la maladie a mis à mal le rapport entre somatique et psychique » [2]. Ce que vise l’accompagnent psychologique, c’est de reconstituer l’histoire du sujet au sein de laquelle vient s’inscrire la maladie, et de permettre qu’une continuité s’établisse au décours des annonces, des examens, des traitements [3]. Dans ce contexte, le postulat de mon exercice réside dans le fait que la proposition systématique d’un espace de parole et de dialogue est bénéfique, en ce sens qu’elle ouvre et relève d’un travail psychothérapique. Il s’agira, dans un premier temps, de développer la spécificité de cette pratique, puis de décrire, dans ce contexte d’adaptation permanente, le travail psychothérapique qui en découle tant pour le patient que pour l’entourage et l’équipe, car tout se passe comme si le psychologue était un tiers triangulateur.

Mon activité s’inscrit dans le cadre d’une prise en charge globale du patient assurée par une équipe pluridisciplinaire. Le patient vient le temps d’une demi-journée à l’hôpital de jour pour une évaluation préthérapeutique qui précède le début de ses traitements et s’entretient avec un infirmier, une diététicienne, un externe, un interne et un psychologue. Le champ du psychisme s’intègre ainsi dans le même lieu que la maladie et le traitement. Cette décision de s’entretenir de manière systématique avec un nouveau patient concourt à la tentative de l’unification de l’expérience vécue. Elle constitue un point d’ancrage pour l’équipe ainsi que pour la suite de la prise en charge.

Les modalités d’intervention du psychologue se doivent d’être souples. En effet, il est nécessaire de tenir compte des contraintes imposées au patient par la maladie, les traitements, le contexte même de la rencontre. C’est pourquoi, l’écoute et l’attention que le psychologue porte au contexte dans lequel s’inscrit la réalité du patient contribue à construire un cadre qui s’ajuste en permanence. Celui-ci permet une élaboration participant à un travail psychothérapique, à travers différentes possibilités de prises en charge.

La médiation qu’exerce ce « soignant aux mains nues » [4] dans la relation soignantsoigné permet que s’opère un travail de liaison psychique entre le patient et l’équipe pluridisciplinaire participant au travail psychothérapique.

Dans un service de cancérologie, le travail psychothérapique s’inscrit dans une relation d’aide soignant-soigné, c’est-à-dire dans une relation « dans laquelle l’un au moins des deux protagonistes cherche à favoriser chez l’autre la croissance, le développement, la maturité, un meilleur fonctionnement et une plus grande capacité à affronter la vie » [5]. Une mission accomplie pour le psychologue n’est pas que la souffrance ait complètement disparu. Il s’agit davantage que la « reconnaissance du sujet » et « le silence de l’écoute » [6], proposés dès la première rencontre, permettent à la personne de s’adapter au mieux face à la maladie, de se redéfinir ou encore d’élaborer ses projets.

  

REFERENCES
   Haut de page

1. Laplanche J, Pontalis JB. Vocabulaire de la psychanalyse. Paris : PUF .

2. Barruel F. Réflexions sur l’accessibilité du psychologue en cancérologie. Rev Fr Psycho-Oncol 2005 ; 4(1).

3. Dolbeault S, Dauchy S, Brédart A, et al. La psycho-oncologie. Paris : John Libbey Eurotext, 2007.

4. Marty F, et al. Le psychologue à l’hôpital. Paris : Éditions In Press, 2007.

5. Rogers C. Le développement de la personne. Paris : Dunod, 1968.

6. Vasse D. Le poids du réel, la souffrance. Paris : Le Seuil, 1983 :43.

 

© JLE 2008