EUROCANCER 2008
John Libbey Eurotext, Paris © 2008, pp. 67-68
Les cancers du sein basaloïdes

Cancers du sein de type basal : caractérisation morphologique
  
J. JACQUEMIER,
E. CHARAFFE JAUFFRET,
L. XERRI,
D. BIRNBAUM
Institut Paoli-Calmettes, Marseille, France.

ARTICLE
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La notion très répandue d’hétérogénéité des cancers du sein est liée à leurs différents aspects morphologiques traduits par 35 types histologiques mentionnés dans la classification des tumeurs de l’OMS, mais également par une évolution et des réponses thérapeutiques très variables à stade égal. Le terme de carcinome basal (CB) n’existe pas en tant que tel dans la classification de l’OMS. Cependant, avant l’aire des profils d’expression, la notion de cellules basales au niveau de l’épithélium mammaire normal a été évoquée. Ces cellules expriment les cytokératines (CK) de haut poids moléculaire dans la classification de Moll (année 1982) CK5, CK14, 17. Ces CK ont ensuite été définies comme basales. Le groupe de Boecker, par double marquage en immunofluorescence, démontre ensuite que ces cellules CK5+ peuvent être considérées comme progénitrices (année 2000). Parallèlement, les travaux du groupe de Perou (année 2000) identifient, par profil d’expression, cinq sous-groupes pronostiques de tumeurs dont le sous-type basal caractérisé par l’expression des CK5, P-cadhérines, des métalloprotéases, EGFR, P53, BRCA1, C KIT et, surtout, l’absence quasi totale d’expression des récepteurs d’estrogène [1].

Ces tumeurs représentent le plus mauvais pronostic avec environ 15 % des cancers du sein ; par conséquent, l’application de ces définitions en immnohistochimie (IHC) a rapidement été mise en œuvre sur de plus larges populations. Les deux méthodes d’approche du CB se révèlent extrèmement proches d’un point de vue évolutif.

Identification de tumeurs basales en puces et morphologie

Peu d’études ont été faites dans ce sens. Sur une série de 18 CB identifiés en puces, Livasy [1] démontre bien une morphologie spécifique, index mitotique très élevé, bonne limitation périphérique, nécrose centrale,stroma lymphoïde. Nous avons pu identifier que le carcinome médullaire vrai (CM) possédait un profil basal quasi caricatural [2]. L’analyse en puces confirme par en retrouvant un profil basal aux 20 des 22 CM analysés par Bertucci et al. [3].

Nielsen en 2004 [1] a ainsi comparé 21 CB avec cinq marqueurs en IHC. Quatre anticorps permettraient ainsi de les définir RE, HER2, CK5/6 ou CK14,EGFR. Livasy en 2006 fait une étude similaire sur 18 cas et en déduit que l’association la plus significative est : RE, HER2, vimentine, EGFR, CK8/18 et CK5/6. La notion de triple négatif n’apparaît pas cependant dans ces études. Charafe Jauffret [4], sur une série de 108 cas analysés parallèlement en puces et IHC souligne, sur les 29 cas de CB, l’importance de la moésine exprimée dans 82 % des cas, dans 87 % de CM, 21 des 22 cas analysés en puces et 58 % des cancers mutés pour BRCA1.

Panel de définition en IHC et polémique sur la définition triple négatif

En prenant un raisonnement inverse, l’équipe de Van de Vijver [5] analyse en puces une série de 97 cas de triple négatifs ; 91 % des cas se sont révélés de sous-type basal. Cette étude inaugure la polémique. L’équipe de Ellis [1] met en doute cette absolue concordance. Leur premier argument est que des tumeurs de type normal-like peuvent être triple négatif, alors que ces tumeurs présentent une moins bonne réponse à la chimiothérapie. En revanche, l’adjonction de CK5/6 et EGFR permettrait d’identifier une signature basale avec 100 % de spécificité. Enfin, dans 5 % à 45 % des CB, ER est exprimé ou HER2 3+ sur un panel de CB variant de 5 % à 15 % .

Par conséquent, bien qu’une définition aussi simple que « triple négatif » englobe une majorité de CB, elle ne les réunit pas tous.

Conclusion

L’analyse en biologie moléculaire par profil d’expression a défini les CB. Comme pour les récepteurs hormonaux en leur temps, définir la méthode la plus fiable et économique pour mieux identifier cette sous-population de mauvais pronostic reste à déterminer. Les discordances observées entre les deux méthodes restent faibles et pourraient être liées à la présence du tissu normal dans les extractions d’ARN. Sur de larges séries, l’IHC a pu retrouver cette sous-population de mauvais pronostic ; faut-il adjoindre aux triple négatifs l’expression de EGFR ou CK5/6 [6], seule la poursuite d’études sur des traitements homogènes le dira. L’identification d’une cible thérapeutique pour ces CB est certainement ce qui sera le plus déterminant comme EGFR ou l’expression de P53, voire BRCA1.

  

REFERENCES
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1. Rakha E, Ellis I, Reis-Filho J. Are triple-negative and basal-like breast cancer synonymous? Clin Cancer Res 2008 ; 14 : 618-9.

2. Jacquemier J, Padovani L, Rabayrol L, et al. Typical medullary breast carcinomas have a basal/myoepithelial phenotype. J Pathol 2005 ; 207 : 260-8.

3. Bertucci F, Finetti P, Cervera N, et al. Gene expression profiling shows medullary breast cancer is a subgroup of basal breast cancers. Cancer Res 2006 ; 66 : 4636-44.

4. Charafe-Jauffret E, Monville F, Bertucci F, et al. Moesin expression is a marker of basal breast carcinomas. Int J Cancer 2007 ; 121 : 1779-85.

5. Kreike B, van Kouwenhove M, Horlings H, et al. Gene expression profiling and histopathological characterization of triple-negative/basal-like breast carcinomas. Breast Cancer Res 2007 ; 9 : R65.

6. Tischkowitz M, Brunet JS, Begin LR, et al. Use of immunohistochemical markers can refine prognosis in triple negative breast cancer. BMC Cancer 2007 ; 7 : 134.

 

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